Du pouvoir vibrant, saisissant et transcendant des arts et du patrimoine artistique à préserver et transmettre
- Chiara Mari
- 12 oct.
- 5 min de lecture

Festival International de Forró Raiz, 10–13 septembre 2025
Lille – France
Balaio Nordeste, Cia Biscotinho, Gouvernement de Paraíba et de Pernambuco, Brésil
Abstract
Dans le cadre du Festival International de Forró à Lille (septembre 2025), cet article explore la candidature du Forró — danse traditionnelle du Nordeste du Brésil — au patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO. Il propose une réflexion sur les arts (arts visuels, littérature, danse, musique) comme patrimoine immatériel capable de transcender le temps et l’espace, essentiels pour l’âme, les êtres humains et la société tout entière, en soulignant l’importance de leur préservation, valorisation et transmission aux générations futures.
Lille entre fête et culture : les arts vivants face au Sublime
Imaginons une immersion au cœur de l’essence de l’art… comme celle que l’on éprouve en entrant dans l’incroyable espace du Palais des Beaux-Arts, face à l’hôtel de ville de Lille.
Lille, capitale des Flandres, riche en histoire, culture, langues et traditions. Ville universitaire, vibrante, passionnée de musique, opéra, théâtre, musées et espaces festifs. Comme l’explique la revue Connaissance des Arts (édition spéciale), qui souligne le charisme et la tradition festive de la région lilloise, fête et culture riment avec tradition et aussi avec une certaine libération.
« Par sa vertu fédératrice, la fête possède une véritable dimension politique… Ainsi, la ville et sa population peuvent se mobiliser pour exprimer l’identité et la vitalité de l’urbain. En investissant l’espace public, ces fêtes incarnent également un état d’esprit, une philosophie de vie encore vivante dans l’ensemble culturel des anciens Pays-Bas, où l’on pratique toujours les kermesses, ducasses et sorties de géants. Elles renvoient à un patrimoine immatériel et à un mode de vie très particulier, marqueur de l’identité de ce territoire, nourri de valeurs précieuses comme la diversité et le sens de la collectivité. »
Tradition et libération, fête et culture… tout cela forge une identité personnelle, locale et sociale, perceptible en parcourant les rues du centre ou en s’immergeant dans le patrimoine et les espaces festifs et culturels de la capitale flamande.
Le Palais des Beaux-Arts : mémoire et élévation
Au Palais des Beaux-Arts, le patrimoine culturel est saisissant. On y vit un véritable moment de contemplation et de transformation, personnelle et sociale.
C’est dans son grand hall que s’est déroulée, dès l’ouverture du Festival, la signature de la candidature du Forró au patrimoine mondial de l’UNESCO, ancrant cet acte de résistance culturelle dans l’histoire d’une longue trajectoire de valorisation et de visibilité du patrimoine artistique, sensible et éternel.
Construit à la fin du XIXe siècle par Édouard Bérard et Fernand Delmas, ce musée majestueux affirme la puissance d’une ville en pleine croissance industrielle et promeut les idéaux républicains de diffusion et démocratisation du savoir. Il abrite aujourd’hui l’une des plus belles collections européennes, de l’Antiquité au XXe siècle, et continue d’évoluer avec la société.
Contempler ces collections, c’est voyager dans le temps et l’espace, naviguer entre époques et talents de peintres, sculpteurs et artistes qui, depuis des siècles, créent beauté et inspiration.
J’ai été profondément émue en rencontrant les maîtres flamands : leur précision, délicatesse, couleurs et jeux de lumière et d’ombre… une patience infinie. À l’époque, avant la photographie et le numérique, une peinture était unique, longue et lente à réaliser, mais portait persévérance et unicité.
« Le peintre historien est le seul peintre de l’âme… Lui seul doit sentir et exprimer cet enthousiasme, ce feu divin qui lui fait concevoir ses thèmes de manière forte et sublime. » – Étienne La Font de Saint-Yenne, Connaissance des Arts, édition spéciale
Cet enthousiasme et cette force, je les ai ressentis dans plusieurs tableaux. Ils réapprennent au regard le pouvoir de la contemplation.
Traces poétiques
De cette expérience est né, du fond de mon cœur, cet écho poétique :
Traces de l’histoire
Remonter la mémoire à travers le temps... Écouter le vent... Sentir la terre... Apprécier le temps... Chaque instant... Chaque moment... S’élever… tout saisir... comme apprentissage d’instants d’éternité
— Chiara Mari, 27.09.2025
L’éternel au cœur de l’éphémère
L’art n’a de cesse d’inspirer et de traverser le temps. Ce qui vibre dans ces œuvres n’est pas seulement pigment et forme, mais un idéal de beauté qui continue de toucher.
Au premier étage du Palais, une sculpture sublime de François Pompon rappelle cette vocation de l’art : révéler un fragment d’éternité au cœur de nos vies mortelles. L’éternel au cœur de l’éphémère.
Plus loin, le noir profond de Soulages m’a captivée :
« La couleur n’est plus seulement un moyen de peindre, elle devient le sujet même de la peinture. »
La lumière au cœur des ténèbres. L’absence et la présence. Un cri qui s’éteint, une renaissance qui s’annonce. Rencontre avec le Sublime, ce choc esthétique qui élève l’âme.
Je crois fermement que notre société et nos contemporains ont besoin de moments précieux, uniques, inattendus et profonds, dilatant le temps et l’espace. La société entière a besoin de plus d’art vivant ouvrant le canal vers ce Sublime authentique.
Du Sublime à l’éveil des âmes par les arts vivants
Cette élévation s’est retrouvée dans les ateliers de danse et de littérature du Festival. La culture du Nordeste brésilien, sacrée et éternelle, a irradié.
Deux jeunes danseurs de Pernambuco, Karla Oliveira et Leneeton Oliveira, ont incarné cette force. Leurs ateliers de forró raiz, nourris de frevo et maracatu, transmettaient bien plus que des pas et des rythmes : une connexion à la terre, aux ancêtres, au divin.
Pieds sur la terre... Pieds sur le sol... Écoute intérieure... Perception profonde de l’être…
— Hommage de Chiara Mari à Karla et Leneeton Oliveira
Cette expérience nous invite à ralentir, honorer chaque rencontre, chaque geste, chaque souffle, dans l’art comme dans la vie quotidienne.
Architecture de l’âme
La philosophe Simone Weil écrivait que le but ultime de l’humanité était de construire une « architecture de l’âme ». Selon elle, cela exige de retrouver et embrasser le mystère avec humilité et quête intérieure.
Elle évoquait aussi Platon et son mythe de la caverne, Aristote et l’idée que l’âme est présente en toutes choses. Dans ce chemin de réappropriation du temps et de contemplation, l’art joue un rôle clé, transformant l’individu et, par conséquent, la société.
« Tous les biens terrestres, toutes les beautés, toutes les vérités sont des aspects différents et partiels d’un bien unique qui, appréhendé avec justesse, constitue une architecture. Cette architecture permet de comprendre le bien unique et inaccessible. »
Conclusion : une étincelle à transmettre
Ainsi, les arts vivants semblent être au service du Bien et de la Vérité. Les replacer au centre d’une quête intérieure renforce les âmes et contribue à une société plus consciente, juste et éveillée.
Cette conviction a pris corps dans les ateliers, dans les danses et les poésies partagées. Une poésie de cordel, née en collaboration avec une jeune Bruxelloise pendant le festival, témoigne :
« La poésie rapproche, c’est la vie... C’est le partage, la connexion... Efface la tristesse... Relie les horizons... crée la transformation »
— Claire & Chiara Mari, Festival International de Forró
Une flamme est née. Une étincelle à protéger, préserver et transmettre aux générations futures.
Bibliographie
Baldine Saint Girons, Le Sublime de l’antiquité à nos jours, Éditions L’Harmattan
Bernard Salignon, La puissance en art : Rythme et peinture, Eyrolles, Paris
Connaissance des Arts, édition spéciale, Fêtes et célébrations flamandes, Groupe Les Echos, Paris, 2025
Connaissance des Arts, édition spéciale, Palais des Beaux-Arts de Lille, Musée de l’Hospice de la Comtesse, Groupe Les Echos, Paris, 2025
Longino, Du Sublime (On the Sublime), trad. A. Hervey, Les Belles Lettres, Paris
Johann Joachim Winckelmann, Histoire de l’art de l’antiquité, Flammarion, Paris
Michel Guérin, Origine de la peinture : Sur Rembrandt, Cézanne et l’immémorial, Payot, Paris
Sabina Moser, La fisica soprannaturale : Simone Weil e la scienza, San Paolo Edizioni, 2011




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