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Souffle de résilience et résistance poétique et artistique de la montagne... Sur la fonction de l'art et de la poésie...


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Poésie comme accès au Mystère et à la Re-Humanisation

Cesare Pavese, dans Raccontare è come ballare, nous rappelle que le travail du poète est fragile et infime, mais en même temps mythique et grandiose, important et révolutionnaire pour l’humanité. Les poètes contribuent à « l’unicité du miracle », c’est-à-dire à la recherche du Principe des choses. « La source de la poésie est toujours un mystère ». Ce mystère est compris dans le sens d’Adélia Prado : « un phénomène d’unité, de dévoilement du Réel… la poésie nous sort de l’aveuglement ». La poésie, en nous faisant sortir de l’aveuglement, ouvre un espace pour ce que la majorité ne voit pas encore — comme le souligne également Gershom Scholem en analysant la Kabbale juive et son message lié à la beauté, à la création et à l’espérance. La poésie et la poétique révèlent la condition originelle. Pour plonger dans le mystère, le comprendre et l’écrire, Pavese nous rappelle qu’il faut ralentir, respirer et… contempler, afin d’atteindre cet « état auroral ».

Dans une société contemporaine capitaliste et néolibérale, surtout en Europe et dans les grandes villes du monde entier, cette capacité devient un bien rare. Les gens courent sans cesse et, à la fin de la semaine ou du mois, se sentent stressés et intérieurement vides — malgré tout ce que le capital leur a permis d’acheter ou de faire comme compensation. La Suisse, bien qu’ayant considérablement réduit le taux de suicide ces dernières années et investi dans la prévention et le bien-être psychologique de la population, reste l’une des économies les plus riches du monde — mais où, à mon avis, la véritable qualité de vie et les relations affectives peuvent encore être questionnées. Paradoxes ? Ou conséquence d’une société qui valorise plus l’argent que le temps, le Mystère et la vraie qualité de vie.

Nous devons nous réapproprier le temps.

« Temps… Temps… Temps…… Temps... Lent... Vent
 SENS à l’intérieur // sens profond » … Centre … » Chiara Mari, 2025

Pour se réapproprier le temps, Cesare Pavese rappelle qu’il faut également retrouver ce qu’il appelle « la capacité de s’étonner ». Cette même capacité, dans Raccontare è come ballare, il la relie à ce qu’il nomme « richesse mythique ». Une merveille authentique, qui est la vraie richesse.


Christian Bobin développe cette réflexion avec un regard plus poétique dans La Présence pure : une qualité de présence et de relation propre au poète, une contemplation du quotidien qui permet d’appréhender la réalité comme toujours nouvelle, pure, bonne, pleine de potentiel et d’espérance, à la fois humaniste et chrétienne. C’est la poétique du quotidien d’Adélia Prado : une religiosité proche d’une spiritualité de la vie quotidienne plutôt que d’une tradition ou d’une doctrine liée à des systèmes dominants, qui peuvent facilement manipuler l’inconscient. Dans ce sens, je partage l’expérience poétique et religieuse du Mystère d’Adélia Prado dans le quotidien. Comme elle le souligne, le discours de la poésie est aussi celui de la mystique, puisqu’il représente une expérience profonde et intérieure, qui transcende le sensoriel et ouvre la possibilité de redonner sens et recréer.

Pure comme l’eau cristalline et unique de la Vallée de la Verzasca, où ont grandi et vécu mes ancêtres : Gerra Verzasca.

Cette capacité est sœur de celle de se laisser toucher. En psychologie et sciences sociales, nous parlons d’empathie et d’humanisme, concepts explorés par des auteurs comme Edith Stein, qui étudia l’empathie comme capacité à se mettre à la place de l’autre, et Carl Rogers, qui la considère comme compréhension profonde de l’autre, essentielle pour des relations humaines authentiques. La capacité de s’émerveiller et l’empathie permettent à l’humain de progresser dans la réappropriation du temps et du sens de l’essentiel, rendant la société plus humaine.

Dans un monde où la pression, le stress, la violence structurelle, le racisme et le sexisme sont normalisés par le système dominant, il est nécessaire de remobiliser l’être humain pour se réapproprier le temps, la capacité de s’émerveiller et d’être empathique. C’est ainsi que l’humain peut devenir plus humain — et la société aussi.

Se laisser toucher implique la capacité de s’indigner, d’oser exprimer son opinion sans craindre les conséquences — une qualité d’intégrité et de courage qui, aujourd’hui, bien que la liberté d’expression soit plus répandue, est, à mon avis, menacée. Les réseaux sociaux, la mondialisation et certaines formes de pensée dominante, diffusées subtilement, ainsi que l’individualisme croissant — au moins en Europe — contribuent à annihiler une disposition intérieure essentielle, pour laquelle la poésie, l’art et nous, poètes et artistes, travaillons.

Ce courage implique la liberté intérieure. Cette liberté intérieure implique la capacité de rêver et de persévérer pour transformer les rêves en réalité. Comme le proclamait Martin Luther King : « I have a dream… // J’ai un rêve… »

« Ne nous laissons pas sombrer dans la vallée du désespoir. Je vous le dis aujourd’hui, mes amis, que même face aux difficultés d’aujourd’hui et de demain, j’ai encore un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. J’ai un rêve qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra le véritable sens de son credo : ‘Nous tenons ces vérités comme évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes sont créés égaux… J’ai un rêve aujourd’hui.... J’ai un rêve qu’un jour, chaque vallée sera élevée, chaque colline et montagne sera abaissée, les endroits escarpés seront nivelés et les chemins tortueux redressés, et la gloire du Seigneur sera révélée, et toute l’humanité la verra ensemble... Voici notre espérance… Que la liberté résonne de chaque colline et monticule… De chaque versant, que la liberté résonne. Et quand cela se produira, quand nous laisserons la liberté résonner, quand nous la laisserons résonner de chaque village et ville, de chaque état et cité, nous serons capables d’accélérer le jour où tous les enfants de Dieu — hommes noirs et hommes blancs, juifs et païens, protestants et catholiques — pourront se tenir la main et chanter, avec les mots de l’ancien spiritual noir : “Enfin libres ! Enfin libres ! Grâce à Dieu Tout-Puissant, enfin nous sommes libres !”’ »

Et aujourd’hui ? Qui rêve encore comme Martin Luther King ? Qui cultive encore la capacité de rêver, le courage de lutter et de transformer la société avec ces attitudes, même en Europe ?

Lors du dernier spectacle de la merveilleuse Dimitri’s School à Verscio, en Suisse italienne, le personnage principal, Robinia — magistrale incarnation féminine de Robin des Bois, protectrice du territoire ancestral des Centovalli — est chargée de veiller à la justice de la vallée et de protéger ses habitants contre les invasions. Dans sa mission, elle déclame :

« On me dit que je suis trop bonne pour ce monde… Je réponds :
“Alors, nous devons le rendre… meilleur” »

À mon avis, le travail des poètes et des artistes doit également contribuer à construire un monde meilleur : Beauté – Bonté – Justice. Une trilogie qui se révèle encore plus puissante lorsqu’elle est mobilisée. François Cheng a montré, dans la tradition orientale, comment le Beau et le Bon sont profondément liés. Nous devons redécouvrir cette puissance et cette vérité également en Occident.

La véritable art est celui qui est bon et juste, capable de bouger, transformer et inspirer, portant en lui un pouvoir social et révolutionnaire.


Re-humanisation et courage de détermination ancestrale :

« Le vent murmure…La rivière murmure…La force infime, minuscule, fragile et visionnaire, tout comme la vie quasi centenaire de ceux qui ont osé semer, persévérer à récolter et rêver à transmettre, à faire durer…
Ancestralité courageuse, déterminée et fructueuse…Sagesse de la terre, pouvoir ancestral plus fort que la guerre ! Semer, planter, récolter, transmettre et construire avec Courage et Vérité de l’Être… » Chiara Mari, 2025

L’ancestralité de ma lignée féminine révèle une force et une détermination qui nous guident — poètes et artistes — sur des chemins ardus et ambitieux. Persévérer… planter… et, un jour, récolter… Transformer, impacter, faire revivre, en créant un monde plus beau, plus juste, plus humain.

Ce sont des ancestralités que nous devons redécouvrir et valoriser, pour tisser les fils du présent et du passé, avançant de manière consciente, sensible et significative. Entre territoires et affections, entre liens anciens et nouvelles possibilités, nous devons cultiver un futur ensoleillé, éclairé par les trésors de ce qui nous a été transmis.

Que ce soit un futur ensoleillé, inspiré par le Feu ancestral puissant et transformateur :

« Ti aspetterò intorno al fuoco » Antonello Venditti

Conclusion

Tous pour l’égalité :Poème des jeunes Cristian dos Santos Damasceno, Lavínia Silva Pereira, Raissa de Jesus Souza, Vinícius dos Santos Gonçalvez

« Dans les pages de l’histoire... Une lumière particulière... Noirs, trésor sans égal... Force et courage... Résistance à se révéler... Célébrant la culture... Il est temps d’exalter... Avec fierté et amour... La négritude s’exprime, brisant les barrières, montrant sa noblesse.
Danse, musique et art... Remplissant le cœur, racontant l’histoire avec pure émotion... la conscience est lumière, qui éclaire le chemin.... Inspirant les générations, transformant le monde.
Dans les veines coulent luttes, résistance ... Force et résilience... Dans le cœur fierté, ancestralité... Racines profondes.... Courage et bravoure »

Au final, des ancestralités communes… car nous sommes tous UN !

En hommage à ma grand-mère Marina Foletta, native de Gerra Verzasca, femme courageuse et citoyenne de la terre.


Bibliographie

  • Carl Rogers, Client-Centered Therapy: Its Current Practice, Implications, and Theory, Boston, Houghton Mifflin, 1951.

  • Cesare Pavese, Raccontare è come ballare, Wudz, Arezzo/Milan, 2024.

  • Chiara Mari, Fragmentos de eterna imensidão, Planeta Azul Editora, Rio de Janeiro, 2025.

  • Chiara Mari, De raizes e de maré, axé, Helvetia Edições, Vevey, 2024.

  • Christian Bobin, La Présence pure, Poésie Gallimard, Paris, 1999.

  • Edith Stein, Über Empathie: Ein Beitrag zur Phänomenologie der inneren Erfahrung, Halle, Niemeyer, 1917.

  • Frei Betto, Leonardo Boff, Mística e espiritualidade, 6e édition, Rio de Janeiro, Garamond, 2008.

  • François Cheng, 5 méditations sur la beauté, Albin Michel, Paris, 2006.

  • Gershom Scholem, Le Zohar: le livre de la splendeur, Éditions du Seuil, Paris, 2011.

  • Mahfoud M., Massimi M. (Org), Diante do mistério: psicologia e senso religioso, São Paolo: Loyola, 1999.

  • Milan Kundera, Questa insostenibile leggerezza dell’essere, Adelphi, Milan, 1989.

  • Rainer Maria Rilke, Lettere ad un giovane poeta, Adelphi, Milan, 1980.

  • Silvana Abreu et Gustavo Muniz Barbosa de Souza, Negritude em versos, Scortecci Editora, São Paolo, 2024.

Web

Musique

  • Antonello Venditti, Questa insostenibile leggerezza dell’essere

  • Antonello Venditti, Miraggi

 
 
 

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